Il existe un sentiment dont on parle peu lorsque l’on écrit un livre : le book blues, cette étrange déprime qui apparaît lorsqu’un projet créatif touche à sa fin.
Je ne l’avais encore jamais réellement ressenti. Ce moment où, après des mois à vivre avec un manuscrit, on l’envoie enfin en correction et où tout s’arrête brusquement.
Pour ce roman, l’aventure avait commencé dès le mois de décembre avec la construction de son univers. Après l’écriture, les réécritures et les innombrables corrections, envoyer le manuscrit devait être une libération. C’était l’ultime étape avant la mise en page. Je m’attendais à être soulagée, à entendre un roulement de tambour imaginaire. Je pensais être fière de moi.
À la place, j’ai ressenti un vide abyssal.
Quand le silence remplace le manuscrit
C’est comme avoir passé des mois dans une pièce remplie de musique, et vous savez combien j’aime la musique, puis voir quelqu’un éteindre soudainement le son. Il n’y a plus rien.
Et ce silence devient assourdissant.
Pendant des mois, je me suis levée avec mes personnages. Je pensais à une scène sous la douche, à une autre en cuisinant ou en me dépensant au CrossFit. Je corrigeais mentalement des phrases en conduisant. Même lorsque je ne travaillais pas, mes personnages continuaient de vivre dans ma tête.
Ils m’accompagnaient partout. Chaque jour, il fallait résoudre un problème, comprendre une émotion, dénouer une intrigue ou trouver les mots justes. Mon esprit était constamment occupé par cette histoire.
Puis, d’un seul coup, plus rien.
La déprime post-projet créatif existe-t-elle vraiment ?
Depuis que le manuscrit est parti en correction, je me demande : qu’est-ce que je fais maintenant ?
Je crois que je traverse simplement un immense coup de cafard. Je pleure pour presque rien et je réalise à quel point ce livre a pris de la place dans ma vie.
C’est la première fois que je consacre autant de temps à l’écriture d’un roman. Peut-être est-ce aussi pour cela que son absence me semble si brutale. Le livre n’a pourtant pas disparu. Il est entre d’autres mains, quelque part entre sa naissance et sa forme définitive.
Mais moi, je reste seule avec le silence qu’il a laissé.
Faire le deuil d’une histoire que l’on n’a pas vraiment quittée
Terminer un projet créatif ressemble peut-être à un petit deuil. Pendant des mois, parfois des années, on construit un monde intérieur. On y habite avec nos personnages, leurs blessures, leurs espoirs et leurs secrets.
Puis vient le moment de les laisser partir.
Bien sûr, le travail n’est pas totalement terminé. Il reste la correction, la mise en page, la couverture et toute la préparation de la sortie. Pourtant, quelque chose s’est déjà achevé : le temps intime de l’écriture, celui où cette histoire n’appartenait encore qu’à moi.
Aujourd’hui, je ne ressens pas encore le soulagement que j’attendais. Je ressens surtout son absence.
Peut-être que la fierté viendra plus tard, lorsque le silence sera devenu moins lourd. Pour l’instant, j’apprends simplement à quitter cette histoire après avoir vécu si longtemps avec elle.
Et vous, avez-vous déjà ressenti cette déprime après la fin d’un projet créatif ? Comment avez-vous apprivoisé le vide laissé par une histoire, un livre ou un projet qui avait occupé toute votre vie ?
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